Chaleur, arrêt de la croissance du gazon et fertilisation

7 août 2026
Chaleur, arrêt de la croissance du gazon et fertilisation

Pourquoi un apport supplémentaire d’azote n’est pas toujours la solution Avec des étés de plus en plus chauds, les paysagistes sont de plus en plus confrontés à des pelouses qui perdent leur couleur, ne poussent presque plus et récupèrent difficilement. Le premier réflexe est souvent d’apporter davantage d’azote. Mais est-ce vraiment la bonne approche ? […]

Pourquoi un apport supplémentaire d’azote n’est pas toujours la solution

Avec des étés de plus en plus chauds, les paysagistes sont de plus en plus confrontés à des pelouses qui perdent leur couleur, ne poussent presque plus et récupèrent difficilement. Le premier réflexe est souvent d’apporter davantage d’azote. Mais est-ce vraiment la bonne approche ? Une meilleure compréhension de la physiologie du gazon montre que la cause se situe généralement ailleurs.

Pendant les périodes de forte chaleur, on nous demande régulièrement si un apport supplémentaire d’azote peut être bénéfique pour une pelouse. Lorsque le gazon s’éclaircit et que la tondeuse ne ramasse pratiquement plus de déchets de tonte, une carence nutritive semble être l’explication la plus évidente. En réalité, la situation est souvent plus complexe. Lorsque les températures dépassent durablement 25 °C, et plus encore 30 °C, la croissance des gazons les plus courants ralentit fortement, voire s’arrête presque complètement. Dans ces conditions, une fertilisation supplémentaire apporte généralement peu de bénéfices.

Les graminées ‘de saison fraîche’ atteignent leurs limites

La majorité des pelouses en Belgique et aux Pays-Bas est composée de graminées C3, également appelées ‘graminées de saison fraîche’, parmi lesquelles le ray-grass anglais (Lolium perenne), la fétuque rouge (Festuca rubra) et le pâturin des prés (Poa pratensis). Ces espèces sont adaptées aux climats tempérés et connaissent leurs périodes de croissance les plus actives au printemps et à l’automne, lorsque la température et l’humidité du sol sont optimales. Leur croissance est maximale entre 15 °C et 25 °C.

Photo : Ernst Bos Advies

Lors de périodes prolongées de chaleur, la situation change radicalement. La photosynthèse, le processus par lequel la plante produit son énergie, devient moins efficace, tandis que la respiration augmente. Il en résulte un bilan énergétique négatif : la plante consomme plus d’énergie qu’elle n’en produit. C’est la principale raison pour laquelle la croissance du gazon ralentit, voire s’interrompt totalement.

Le jaunissement n’est pas automatiquement un manque d’azote

Une pelouse qui jaunit pendant une vague de chaleur ne souffre donc pas nécessairement d’une carence en éléments nutritifs. Sous l’effet de la chaleur et de la sécheresse, les stomates se ferment afin de limiter les pertes d’eau par évaporation. L’absorption de dioxyde de carbone diminue alors, ce qui réduit encore davantage la photosynthèse.

La plante privilégie alors sa survie plutôt que sa croissance. L’énergie disponible est consacrée au maintien des points de croissance et du collet, tandis que les feuilles les plus âgées meurent plus rapidement. C’est pourquoi les pelouses perdent leur belle couleur verte malgré un programme de fertilisation correctement réalisé.

L’apport d’un supplément d’azote ne modifie pas cette limitation physiologique. Les éléments nutritifs sont souvent présents dans le sol, mais la plante ne dispose tout simplement pas de suffisamment d’énergie pour les absorber efficacement et les transformer en nouvelle croissance.

La température du sol est tout aussi importante

En période de chaleur, on se concentre souvent uniquement sur la température de l’air, alors que c’est la température du sol qui détermine en grande partie l’état du système racinaire. Un sol sec exposé au soleil peut devenir nettement plus chaud que l’air ambiant. La croissance des racines diminue alors et les racines fines disparaissent plus rapidement.

Au moment même où la plante a le plus besoin d’eau, elle dispose donc d’un volume racinaire actif plus faible. Sa capacité d’absorption diminue et la pelouse subit un stress croissant. Les espèces à enracinement superficiel sont particulièrement sensibles à ce phénomène.

La vie du sol est également fortement influencée par la température. Les bactéries et les champignons jouent un rôle essentiel dans la minéralisation de la matière organique et la mise à disposition des éléments nutritifs. Une chaleur extrême et la sécheresse ralentissent ces processus, réduisant ainsi le soutien naturel dont bénéficie le gazon.

Conséquences pratiques pour le paysagiste

Dans la pratique, il est donc peu utile de se concentrer uniquement sur la fertilisation pendant une vague de chaleur. La priorité doit être donnée à la réduction du stress subi par le gazon. Un système racinaire bien développé, une teneur suffisante en matière organique dans le sol et une gestion raisonnée de l’irrigation déterminent en grande partie la capacité d’une pelouse à résister à une période chaude.

Lorsque les températures redescendent et que l’humidité du sol se rétablit, la photosynthèse reprend progressivement. Ce n’est qu’à ce moment-là qu’une fertilisation complémentaire pourra être pleinement valorisée par la plante et contribuer efficacement à la reprise de la croissance et à la régénération du gazon.

L’avenir exige une nouvelle approche

Les modèles climatiques montrent que les étés longs, chauds et secs deviendront de plus en plus fréquents. Pour le professionnel de l’aménagement paysager, cela signifie qu’une pelouse saine ne dépend plus uniquement d’un bon programme de fertilisation, mais de plus en plus d’une gestion intégrée du sol et de l’eau. Investir dans un système racinaire vigoureux et dans un sol vivant constitue désormais la base de pelouses durables, capables de mieux résister aux conditions climatiques extrêmes.

Koen Verhelst

Fort de plus de 25 ans d'expérience dans le secteur du golf en tant que responsable de l'entretien des greens, Koen Verhelst préconise de s'attaquer aux problèmes à la source et de manière durable. En tant que consultant chez Intergrow NV, il partage son expertise et sa passion pour les solutions durables dans le secteur vert.

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