Comment une pelouse en bonne santé survit à l’été sec.

14 juillet 2026
Comment une pelouse en bonne santé survit à l’été sec.

Un gazon brun n’est pas forcément perdu Les étés de ces dernières années confirment une évolution désormais bien installée: les périodes de sécheresse prolongée et les épisodes de fortes chaleurs deviennent de plus en plus fréquents. Pour les professionnels de l’aménagement et de l’entretien des espaces verts, cette nouvelle réalité impose une approche différente de […]

Un gazon brun n’est pas forcément perdu

Les étés de ces dernières années confirment une évolution désormais bien installée: les périodes de sécheresse prolongée et les épisodes de fortes chaleurs deviennent de plus en plus fréquents. Pour les professionnels de l’aménagement et de l’entretien des espaces verts, cette nouvelle réalité impose une approche différente de la gestion des gazons. Aujourd’hui, la qualité d’un gazon ne dépend plus uniquement d’une implantation réussie. Elle repose avant tout sur une gestion durable du sol, le développement d’un système racinaire performant et un programme d’entretien adapté aux conditions climatiques.

Lors d’une vague de chaleur, un gazon qui brunit n’est pas nécessairement mort. Dans la majorité des situations, les graminées entrent en dormance estivale, un mécanisme naturel de protection qui leur permet de limiter leur consommation d’eau et de survivre à une période de stress hydrique intense. L’objectif du gestionnaire consiste dès lors à favoriser la reprise de la végétation lorsque les conditions redeviennent favorables tout en renforçant la résilience du gazon face aux futurs épisodes de sécheresse.

Tous les gazons ne réagissent pas de la même manière

La réaction d’un gazon dépend en grande partie de sa composition botanique. Les anciens gazons d’ornement, composés essentiellement de graminées fines, présentent généralement une sensibilité plus importante au manque d’eau. À l’inverse, les gazons destinés à un usage intensif ou récréatif, intégrant notamment différentes espèces de fétuques, des ray-grass tétraploïdes et du pâturin des prés (Poa pratensis), résistent davantage aux périodes sèches grâce à leur système racinaire plus développé. Cette meilleure résistance ne les rend toutefois pas invulnérables. Lorsque les températures élevées persistent pendant plusieurs semaines, toutes les espèces peuvent entrer en dormance.

Si les racines ont pu s’installer suffisamment en profondeur avant l’arrivée de la sécheresse, elles restent généralement vivantes même lorsque les parties aériennes se dessèchent complètement. Dès que les précipitations reviennent ou que l’irrigation reprend, la végétation est capable de redémarrer. En revanche, un enracinement superficiel ou un gazon déjà fragilisé augmente fortement le risque de pertes définitives. Les zones dégarnies sont alors rapidement colonisées par des adventices opportunistes comme les digitaires (Digitaria spp.), le panic pied-de-coq (Echinochloa crus-galli) ou d’autres graminées indésirables particulièrement adaptées aux conditions chaudes et sèches.

Adapter les pratiques d’entretien pendant la sécheresse

Durant une période de sécheresse, le programme d’entretien doit être adapté à la physiologie du gazon. La croissance ralentissant fortement, les tontes peuvent être espacées. Il est également recommandé d’augmenter la hauteur de coupe afin de conserver davantage de surface foliaire. Une herbe plus haute procure un meilleur ombrage au sol, limite l’évaporation, réduit les écarts de température dans le profil du sol et protège plus efficacement le système racinaire. Lorsque le gazon cesse totalement de pousser, il est même préférable de suspendre temporairement les tontes. Continuer à tondre un gazon en dormance ne fait qu’accentuer le stress subi par les plantes.

Le sol conditionne la capacité de récupération

Une fois la période de sécheresse terminée, la qualité du sol devient le facteur déterminant pour assurer une reprise rapide. Sous l’effet d’un dessèchement prolongé, de nombreux sols développent un phénomène d’hydrophobie. L’eau ne pénètre plus correctement dans le profil et ruisselle en surface sans atteindre les racines. Dans ce contexte, l’application d’un agent mouillant de qualité constitue souvent une intervention particulièrement efficace. En diminuant la tension superficielle de l’eau, l’agent mouillant permet de réhumidifier uniformément le profil du sol et de rétablir une infiltration homogène jusque dans la zone racinaire. L’efficacité de l’irrigation s’en trouve nettement améliorée, tandis que l’activité biologique du sol retrouve progressivement son fonctionnement normal. Les agents mouillants existent sous forme liquide ou granulée. Leur efficacité dépend toutefois d’un apport d’eau suffisant après l’application. En pratique, il est conseillé d’apporter environ 15 à 20 mm d’eau, idéalement répartis en plusieurs cycles d’arrosage afin de favoriser une infiltration progressive et d’éviter les pertes par ruissellement.

Comment diagnostiquer un sol hydrophobe ?

Il est relativement simple de vérifier si un sol est devenu hydrophobe. Le test de la goutte d’eau constitue une méthode rapide et fiable sur le terrain. Il suffit de déposer quelques gouttes d’eau sur la surface du sol. Si celles-ci restent en surface pendant plusieurs secondes, voire plusieurs minutes, sans s’infiltrer, le sol présente un phénomène d’hydrophobie. Dans ce cas, l’application d’un agent mouillant est recommandée afin de rétablir une infiltration homogène de l’eau.

Un diagnostic précoce permet d’éviter que les premiers arrosages ou les premières pluies importantes ne soient en grande partie perdus par ruissellement.

Associer les agents mouillants aux biostimulants

Pour accélérer la remise en état du gazon après une période de sécheresse, de nombreux gestionnaires d’espaces verts associent aujourd’hui un agent mouillant liquide à des acides humiques et à des extraits d’algues marines. Cette combinaison agit à plusieurs niveaux. Les extraits d’algues apportent naturellement des composés bioactifs, tels que des phytohormones, des polysaccharides et des antioxydants, qui favorisent le développement du système racinaire et améliorent la capacité des graminées à faire face aux différents stress abiotiques, notamment le stress hydrique et le stress thermique. Les acides humiques, quant à eux, améliorent la structure du sol, augmentent la capacité de rétention en eau, stimulent l’activité microbiologique et facilitent la disponibilité de plusieurs éléments nutritifs. Associés à un agent mouillant, ces biostimulants contribuent à réactiver plus rapidement la vie du sol et à accélérer la régénération du gazon après un épisode de sécheresse.

Fertiliser sans stimuler excessivement la croissance

La fertilisation estivale demande également une approche adaptée. L’utilisation d’engrais minéraux à action rapide immédiatement après une période de sécheresse peut provoquer une croissance trop brutale. Les jeunes tissus sont alors plus sensibles au stress, aux brûlures et au développement de certaines maladies. Pour cette raison, les professionnels privilégient généralement des engrais organiquesorgano-minéraux ou à libération contrôlée. Ces formulations libèrent progressivement les éléments fertilisants en fonction de la température, de l’humidité du sol et de l’activité biologique. Elles assurent ainsi une reprise régulière de la végétation tout en limitant les pics de croissance. L’application est idéalement réalisée juste avant une pluie annoncée ou suivie d’une irrigation suffisante afin de favoriser la dissolution des éléments nutritifs et leur migration vers la zone racinaire.

Régarnir les zones qui ne récupèrent pas

Malgré une gestion adaptée, certaines zones ne retrouveront pas spontanément leur densité initiale. Lorsque les plantes sont définitivement détruites, un regarnissage devient indispensable afin de rétablir rapidement un couvert végétal homogène. Le choix du mélange de semences est essentiel. Les sélectionneurs proposent aujourd’hui de nombreux mélanges spécifiquement développés pour les conditions climatiques actuelles, associant notamment des fétuques à enracinement profond, des ray-grass de nouvelle génération et des variétés plus résistantes au manque d’eau. La réussite du regarnissage dépend également de la préparation du terrain. Les résidus végétaux desséchés doivent d’abord être éliminés, puis la couche superficielle du sol est légèrement décompactée afin de créer un bon contact entre les graines et le sol. Lorsque cela s’avère nécessaire, un amendement organique ou un terreau de regarnissage peut être incorporé afin d’améliorer la structure superficielle et de favoriser la levée. Après le semis, les graines sont recouvertes d’une fine couche de terreau de regarnissage, généralement de 3 à 5 mm d’épaisseur. Durant toute la période de germination, le sol doit rester constamment humide grâce à des arrosages légers mais fréquents, sans provoquer de ruissellement.

Mieux vaut irriguer intelligemment que davantage

L’irrigation reste un levier essentiel dans la gestion des gazons, mais la manière d’apporter l’eau est souvent plus importante que la quantité elle-même. Des arrosages abondants mais espacés favorisent le développement d’un système racinaire profond. Les racines sont ainsi incitées à explorer les horizons inférieurs du sol, où l’humidité reste disponible plus longtemps. À terme, le gazon devient nettement plus résistant aux périodes de sécheresse et dépend moins des apports d’eau. À l’inverse, des arrosages superficiels et quotidiens maintiennent l’humidité uniquement dans les premiers centimètres du sol. Les racines restent alors peu profondes, ce qui rend le gazon beaucoup plus vulnérable dès que les températures augmentent. Le meilleur moment pour irriguer est tôt le matin, idéalement entre 4 h et 9 h. À cette période de la journée, l’évaporation est limitée et l’eau peut pénétrer efficacement jusqu’au profil racinaire. Le gazon bénéficie ainsi d’une meilleure réserve hydrique pendant les heures les plus chaudes, ce qui réduit sensiblement le stress thermique.

Gazon brun ou gazon mort ?

L’une des erreurs les plus fréquentes consiste à considérer qu’un gazon devenu brun est irrémédiablement perdu. Dans la majorité des cas, il s’agit pourtant d’une simple dormance estivale. Les feuilles se dessèchent afin de limiter les pertes en eau, tandis que les points de croissance et le système racinaire restent vivants. Ce n’est qu’après le retour de conditions favorables — précipitations suffisantes ou irrigation adaptée — que l’on peut réellement évaluer les dégâts. Si aucune nouvelle pousse n’apparaît après plusieurs semaines, certaines zones peuvent alors être considérées comme définitivement perdues et nécessiter un regarnissage. Autrement dit, la différence entre un gazon brun et un gazon mort ne se voit pas en surface ; elle se joue sous terre, au niveau des racines et des tissus de croissance.

Un sol vivant, meilleure assurance contre la sécheresse

Cette réalité rappelle un principe fondamental de la gestion moderne des gazons : un gazon performant se construit d’abord dans le sol. Un profil racinaire profond, une structure bien aérée, une teneur suffisante en matière organique et une activité biologique dynamique constituent les fondements d’un gazon capable de résister aux épisodes de sécheresse. À l’inverse, une stratégie reposant essentiellement sur des apports fréquents d’eau et des fertilisations intensives favorise souvent un enracinement superficiel. Le gazon conserve certes un aspect esthétique tant que les conditions restent favorables, mais il devient beaucoup plus sensible dès les premières vagues de chaleur. Dans un contexte de changement climatique, les pratiques professionnelles évoluent progressivement vers une gestion davantage axée sur la santé du sol que sur la correction permanente des symptômes. L’objectif n’est plus simplement de maintenir un gazon vert tout au long de l’été, mais de développer une surface capable de supporter naturellement les contraintes climatiques, avec un recours plus raisonné à l’eau, aux fertilisants et aux autres intrants.

Au final, ce n’est pas la quantité d’eau apportée qui fait la différence, mais bien la qualité du sol dans lequel le gazon se développe. Un sol vivant, équilibré et riche en activité biologique constitue aujourd’hui le meilleur investissement pour obtenir un gazon durable, résilient et capable de traverser les étés de plus en plus secs sans perdre durablement ses qualités esthétiques et fonctionnelles.

Graminées tolérantes à la sécheresse, composées en partie de pâturin des prés et de fétuque élevée.

Lorsque les plantes sont définitivement détruites, un regarnissage devient indispen-sable afin de rétablir rapidement un couvert végétal homogène.

Koen Verhelst

Fort de plus de 25 ans d'expérience dans le secteur du golf en tant que responsable de l'entretien des greens, Koen Verhelst préconise de s'attaquer aux problèmes à la source et de manière durable. En tant que consultant chez Intergrow NV, il partage son expertise et sa passion pour les solutions durables dans le secteur vert.

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